Voyager de façon moins pesante sur une île très visitée

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Bali reçoit chaque année un nombre de visiteurs largement supérieur à sa population résidente. Cette réalité n’est ni un slogan ni un prétexte à la culpabilisation : c’est un fait mesurable, qui produit des effets concrets sur l’eau, les déchets, l’usage des sols et l’organisation de certains villages. En parler sans dramatiser ni minimiser aide à voyager avec un peu plus de justesse.

Une pression réelle sur l’eau

Bali dépend largement des nappes souterraines pour son approvisionnement en eau, un système utilisé de longue date pour l’irrigation des rizières en terrasses organisées autour du subak, le réseau collectif de gestion de l’eau propre à l’île. La concentration d’hébergements, de piscines et d’infrastructures touristiques dans certaines zones littorales ou autour d’Ubud a fait monter la demande en eau, au point que plusieurs études et rapports locaux évoquent une baisse du niveau de certaines nappes dans les secteurs les plus fréquentés. Cette pression ne touche pas l’île de façon uniforme : elle se concentre sur les zones à forte densité d’hébergements, quand des régions plus rurales connaissent une situation différente. Un geste simple, à l’échelle d’un voyageur, consiste à limiter sa consommation d’eau dans les logements loués, en particulier en saison sèche, et à privilégier des établissements qui affichent une gestion transparente de leurs ressources.

Des déchets qui ne se traitent pas tous sur place

La gestion des déchets reste un point de friction connu à Bali, en particulier durant la saison humide, quand les courants marins ramènent sur certaines plages une partie des déchets plastiques charriés par les rivières de l’île et de la région. La hausse de la fréquentation touristique a mécaniquement augmenté le volume de déchets produits, dans des zones où les infrastructures de collecte et de traitement n’ont pas toujours suivi au même rythme. Réduire sa propre production de déchets pendant le séjour — éviter le plastique à usage unique, trier quand c’est possible, ne rien laisser sur une plage ou en bord de rizière — ne résout pas le problème à l’échelle de l’île, mais ne l’aggrave pas non plus.

Le foncier, une question moins visible mais tout aussi réelle

La conversion de terres agricoles, notamment de rizières, en hébergements, commerces ou villas locatives est un phénomène documenté à Bali depuis plusieurs décennies, particulièrement marqué autour des zones les plus touristiques comme Canggu ou certains quartiers d’Ubud. Cette évolution transforme le paysage et pèse sur des terres qui appartenaient à un système agricole collectif organisé, le subak justement, dont le paysage culturel qu’il façonne autour de Bali est reconnu par l’UNESCO. Un visiteur ne pèse pas directement sur ces décisions foncières, mais le choix de l’hébergement — une structure de petite taille, tenue par des habitants du village plutôt qu’un grand ensemble international — a un effet, même modeste, sur la répartition des revenus du tourisme.

Répartir sa présence, dans le temps et dans l’espace

Une grande partie de la fréquentation touristique de Bali se concentre sur un nombre restreint de lieux — le sud de l’île autour de Kuta, Seminyak, Canggu et Uluwatu, ou des sites emblématiques comme les rizières de Tegalalang près d’Ubud. D’autres régions, au nord ou à l’est de l’île, autour de Sidemen ou du volcan Batur par exemple, connaissent une fréquentation bien moindre alors qu’elles offrent des paysages et des activités tout aussi intéressants. Étaler sa visite sur ces zones moins saturées, plutôt que de se concentrer sur les points les plus photographiés, réduit la pression locale sans rien enlever à la qualité du voyage. Il en va de même dans le temps : éviter les pics de fréquentation les plus marqués, quand c’est possible, allège la charge sur les infrastructures locales aux moments où elles sont le plus sollicitées.

Acheter à la source plutôt qu’à l’intermédiaire

L’artisanat balinais — tissage, sculpture sur bois, orfèvrerie, vannerie — reste une activité économique importante pour de nombreux villages, mais une large part de la valeur ajoutée peut échapper aux artisans eux-mêmes quand les achats se font dans de grandes boutiques touristiques éloignées des lieux de production. Se renseigner sur l’origine d’une pièce, privilégier un atelier ou un marché de village plutôt qu’une boutique générique, et accepter de payer un objet fait main à un prix qui reflète le temps de travail qu’il représente, sont des gestes qui profitent directement aux artisans plutôt qu’à des intermédiaires. Notre rubrique Maison & Déco détaille certaines de ces techniques et la façon de reconnaître une pièce réalisée à la main.

Le comportement dans les villages, une question de respect avant tout

Un village balinais n’est pas un décor de visite : c’est un lieu de vie, organisé autour d’un temple, d’un banjar (l’unité communautaire locale) et d’un calendrier de cérémonies qui rythme la vie collective. Photographier une cérémonie, entrer dans un temple ou s’approcher d’une offrande (canang sari) déposée au sol demande une attention aux règles en vigueur, qui varient d’un village à l’autre : tenue correcte, sarong à certains endroits, ne pas se placer plus haut qu’un officiant, ne pas couper le passage d’une personne en prière. Ces usages sont détaillés dans notre rubrique Bali & Culture balinaise, qui explique au cas par cas ce qui est ouvert aux visiteurs et ce qui ne l’est pas.

Une eau qui se boit avec précaution

Enfin, l’eau potable mérite une attention particulière, à la fois pour la santé du voyageur et pour limiter sa consommation de plastique : l’eau du robinet ne se boit pas directement dans la plupart des régions, mais des gourdes filtrantes et des stations de recharge en eau se développent dans certains hébergements et cafés, une alternative plus simple à mettre en œuvre qu’il n’y paraît sur un séjour de plusieurs jours.

Rien de tout cela ne suppose de renoncer au voyage ni de se priver de découvrir Bali : il s’agit simplement de regarder l’île pour ce qu’elle est, un territoire habité et sollicité, plutôt que pour l’image qu’on en a avant de partir.


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