Barong, Legong, Kecak : trois danses et ce qu’elles racontent

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Trois noms reviennent systématiquement dès qu’on évoque la danse balinaise : Barong, Legong et Kecak. Elles n’ont ni la même origine, ni le même public, ni la même fonction, et les confondre fait perdre l’essentiel de ce qu’elles racontent.

Le Barong, un affrontement mis en scène

Le Barong met en scène une créature protectrice à quatre pattes, incarnée par deux danseurs sous un costume orné de fourrure et de miroirs, qui s’oppose à une figure antagoniste, souvent une sorcière. La représentation retrace un affrontement entre ces deux forces, sans qu’un camp l’emporte de façon définitive : l’équilibre entre les deux figures fait partie du sens de la danse. Le Barong existe à la fois sous une forme rituelle, jouée dans le cadre de cérémonies de temple et dont les modalités varient selon les villages, et sous une forme adaptée pour un public de visiteurs, raccourcie et présentée à heure fixe dans certains lieux culturels, notamment autour d’Ubud. Ces deux versions ne se déroulent pas dans les mêmes conditions ni avec la même signification pour les participants, et il est utile de savoir laquelle on s’apprête à voir avant d’y assister.

Les danseurs qui incarnent le Barong se transmettent leur rôle au sein d’une troupe villageoise, souvent sur plusieurs années, tant la manipulation du costume à deux exige une coordination précise entre les deux porteurs, l’un dirigeant la tête et les pattes avant, l’autre le corps et l’arrière-train. Cette technique, comme la chorégraphie qui l’accompagne, se transmet par la pratique répétée au sein du groupe plutôt que par un enseignement individuel formalisé.

Le Legong, une danse de cour

Trois genres de danse balinaise sont inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, qui distingue explicitement les danses sacrées, celles de semi-cérémonie et celles données en spectacle — une distinction que les programmes touristiques effacent souvent.

Le Legong est une danse exécutée traditionnellement par de jeunes danseuses, reconnaissable à ses mouvements précis des yeux, des doigts et des épaules, ainsi qu’à ses costumes richement colorés. Elle est associée à l’origine aux cours royales balinaises, avant de devenir un répertoire présenté plus largement lors de représentations culturelles. Le Legong ne raconte pas systématiquement la même histoire : plusieurs versions existent selon les troupes et les écoles, certaines centrées sur un récit précis, d’autres davantage construites autour de la technique gestuelle elle-même. Cette danse demande un apprentissage long, souvent commencé dans l’enfance, ce qui explique la place particulière qu’elle occupe dans la transmission chorégraphique balinaise.

Comme pour le Barong, on trouve du Legong sous une forme abrégée dans les programmes destinés aux visiteurs, présentée en une vingtaine de minutes plutôt que dans sa version complète, plus longue et généralement réservée à des occasions précises au sein de la communauté. Cette adaptation n’est pas propre au Legong : elle concerne la plupart des danses balinaises dès lors qu’elles sont proposées à heure fixe à un public payant, un format qui suppose des choix de mise en scène différents de ceux d’une représentation donnée pour un public local.

Le Kecak, une création plus récente pour un public

Le Kecak se distingue des deux précédentes par son origine : il s’agit d’une forme développée dans les années 1930, avec la participation d’artistes occidentaux présents à Bali à cette époque, à partir d’éléments de transe rituelle existants, mais recomposée spécifiquement pour être présentée à un public. Il faut le dire franchement, car c’est souvent ignoré des visiteurs : le Kecak n’est pas une cérémonie ancienne inchangée, c’est une création scénique plus récente, aujourd’hui l’une des représentations les plus populaires auprès des touristes, notamment au coucher du soleil sur le site d’Uluwatu.

Sa particularité musicale tient à l’absence d’instruments : un chœur d’hommes assis en cercle produit l’ensemble de l’accompagnement sonore par des chants scandés et des onomatopées répétées, qui remplacent le gamelan habituellement associé aux autres danses balinaises. Le récit mis en scène s’appuie généralement sur un épisode du Ramayana, l’épopée indienne largement connue à Bali, avec un danseur incarnant un personnage central du récit face au chœur. Le nombre de choristes assis en cercle varie selon les troupes, certaines représentations réunissant plusieurs dizaines d’hommes dont les voix s’entrelacent en plusieurs motifs rythmiques distincts, ce qui donne au Kecak son intensité sonore particulière malgré l’absence de tout instrument.

Cérémonie de village ou représentation touristique : la distinction à garder

Ces trois danses partagent un accompagnement musical issu de l’orchestre balinais, sauf le Kecak qui s’en passe totalement. Mais leur point commun le plus important pour un visiteur est ailleurs : chacune existe sous une forme cérémonielle, jouée pour la communauté locale dans le cadre d’un temple ou d’un événement de village, et sous une forme adaptée, jouée à heure fixe pour un public payant. Les deux ne se valent pas de la même manière : assister à une représentation touristique de Barong ou de Legong permet de découvrir la gestuelle et la musique sans intégrer une cérémonie religieuse, ce qui est en soi une expérience légitime, tant qu’elle n’est pas confondue avec la pratique rituelle qu’elle emprunte. Une cérémonie de village, elle, n’est pas organisée pour un public extérieur, et y assister suppose de se renseigner localement sur les règles de comportement attendues plutôt que de s’y présenter comme à un spectacle.

Pour préparer une visite culturelle en tenant compte de ces distinctions, notre rubrique voyage & destinations détaille où assister à ces représentations dans de bonnes conditions.


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