L’artisanat balinais chez soi, sans le réduire à un décor

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Un masque de bois accroché au mur du salon, un panier tressé posé sur une étagère, un tissu ikat replié sur le dossier d’un canapé : l’artisanat balinais s’est invité dans beaucoup d’intérieurs européens sans que leurs propriétaires sachent toujours ni comment ces objets sont fabriqués, ni ce qu’ils représentent sur leur île d’origine.

Fait main ou produit en série : une différence qui se voit

Bali exporte deux types d’objets qui se ressemblent en photo mais n’ont rien à voir en atelier. D’un côté, des pièces façonnées par un artisan qui maîtrise une technique transmise sur plusieurs générations : sculpture sur bois à Mas, village situé au sud d’Ubud et connu de longue date pour ses sculpteurs, tissage à la main sur métier à pédale, vannerie en rotin ou en bambou tressée brin par brin. De l’autre, des séries produites à la chaîne dans des ateliers destinés exclusivement à l’export, où le même motif est reproduit des centaines de fois par des ouvriers qui ne sont pas nécessairement formés à la sculpture traditionnelle.

Aucune de ces deux catégories n’est illégitime en soi : la seconde fait vivre une partie de l’économie locale et permet à des visiteurs d’acheter à un prix accessible. Le problème apparaît quand une pièce de série est vendue comme si elle avait été sculptée par un artisan, ou présentée avec un vocabulaire rituel qu’elle n’a pas.

Quelques repères pour distinguer les deux, sans expertise préalable :

  • La régularité. Une pièce entièrement faite main présente de légères irrégularités : une feuille sculptée n’est jamais parfaitement identique à sa voisine, une maille de vannerie serre un peu plus ou un peu moins selon l’endroit. Un objet parfaitement uniforme sur toute sa surface est le plus souvent moulé, poncé en série ou fini à la machine.
  • Le revers et l’intérieur. Les fabricants qui vendent en gros soignent la face visible et négligent l’arrière. Un artisan qui vend directement finit l’objet sur toutes ses faces.
  • L’odeur et le poids du bois. Un bois massif correctement séché a un poids et une odeur caractéristiques ; une pièce anormalement légère pour sa taille est souvent en bois tendre traité ou en matériau composite recouvert d’un vernis imitant une essence plus noble.
  • La réponse du vendeur. Demander qui a fabriqué la pièce, dans quel village, avec quelle technique. Un artisan ou un revendeur qui travaille avec des artisans répond avec précision. Une réponse évasive ou standardisée ( « c’est traditionnel », « c’est ancestral » ) est un signal à prendre au sérieux, surtout quand elle vise à justifier un prix.

Où et comment acheter directement à un artisan

Certains villages autour d’Ubud sont identifiés depuis longtemps à un savoir-faire précis : Mas pour la sculpture sur bois, Celuk pour l’orfèvrerie en argent, Tenganan, dans l’est de l’île, pour un tissage double ikat particulier appelé geringsing. Se rendre dans ces villages plutôt que dans les zones commerçantes de bord de plage permet, dans la majorité des cas, d’acheter plus près de la source et de voir travailler la personne qui a fabriqué l’objet.

Quelques principes utiles quel que soit le lieu d’achat :

  • Privilégier les ateliers où l’on voit un artisan au travail plutôt qu’une boutique qui affiche uniquement des produits finis.
  • Ne pas hésiter à demander le temps de fabrication d’une pièce complexe : la réponse renseigne à la fois sur l’authenticité et sur la valeur du travail.
  • Se méfier des boutiques qui multiplient les certificats d’authenticité génériques, souvent sans lien réel avec la pièce vendue.
  • Garder à l’esprit que les marchés d’artisanat les plus fréquentés, comme celui de Sukawati, mélangent pièces artisanales et production de série sous le même toit : la vigilance reste la même qu’ailleurs.

Des objets qui n’ont pas vocation à devenir un objet déco

Certaines formes vendues comme décoration reproduisent des objets qui, à Bali, remplissent une fonction rituelle précise. Le masque du Barong, figure protectrice qui apparaît dans une danse rituelle jouée dans plusieurs villages de l’île, en est l’exemple le plus courant : les masques consacrés, utilisés lors des représentations et conservés dans un temple, n’ont rien à voir avec les copies en bois vendues dans les boutiques touristiques, même si la forme se ressemble. Le tissu geringsing de Tenganan, mentionné plus haut, est un autre exemple : à l’origine, ce tissage accompagne certains rites, selon des usages qui varient d’un village à l’autre et restent, pour une partie d’entre eux, mal documentés en dehors de la communauté concernée.

Cela ne veut pas dire qu’il faut s’interdire d’acheter ce type de pièces : les copies destinées à la vente sont fabriquées précisément dans cette intention, par des artisans qui vivent de cette production. Cela veut dire qu’il est utile de savoir ce que l’on achète, et de ne pas présenter chez soi une reproduction comme si elle avait la même valeur que l’objet consacré dont elle s’inspire.

Cette distinction entre objet cultuel et objet décoratif dépasse largement le cas balinais : l’UNESCO travaille depuis plusieurs décennies à la sauvegarde des savoir-faire artisanaux traditionnels à travers le monde, précisément parce que la diffusion commerciale de ces objets, quand elle se fait sans repère, finit par effacer la distinction entre la pièce rituelle et sa copie touristique.

Sur l’artisanat, comme sur le reste de la culture balinaise, les usages ne sont pas figés ni uniformes d’un bout à l’autre de l’île : un même objet peut avoir une fonction dans un village et une autre, plus décorative, dans le village voisin. C’est une des raisons pour lesquelles il vaut mieux demander sur place plutôt que se fier à une explication générale trouvée avant le départ.

Pour prolonger la lecture, notre rubrique Bali & Culture balinaise revient en détail sur les danses rituelles et les objets qui leur sont liés, et la rubrique Voyage & Destinations détaille les villages d’artisans accessibles depuis Ubud.


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